Et si le prince charmant était saoudien ?
C’est vraiment con.
C’est vraiment con que pas une de mes copines ne soit branchée famille royale saoudienne. Je rêve d’un verre de rosé et de cette conversation, vous savez, cette conversation typique des femmes modernes, cette conversation de filles qui s’assument.
Si une de mes copines connaissait la famille royale saoudienne aussi bien que je la connais, on pourrait avoir cette conversation, débattre de ces questions cruciales : lequel des princes on se taperait, lequel des princes on épouserait.
On parlerait crûment, juste parce que c’est plus drôle quand c’est cru. Peut-être aussi un peu par pudeur. Et heureusement, personne ne prêterait attention. On serait là, à la terrasse d’un café, à discuter, à rêver d’une nuit ou d’une vie avec un grand brun qui se trouve être un prince dans son pays. Il faudrait juste bien choisir lequel, des fois que par un coup de baguette magique, on les rencontrerait tous d’un coup et qu’on pourrait faire notre marché.
Je dois dire, ça mériterait bien une conversation. Y’a du choix, plusieurs bonnes options, faudrait soupeser les uns et les autres, déterminer qui vraiment a le meilleur potentiel pour être un bon coup. Prince Badr, le ministre de la culture, il est vraiment pas mal. Mais MBS, bordel, MBS...
En bonnes filles, on ne manquerait pas de donner des bons points aux
princes relégués aux places d’honneur. « - Franchement bon, Abdelaziz
Bin Turki, c’est pas mon genre mais il a l’air trop sympa. - T'exageres, il n'est pas juste sympa, il est vraiment pas mal. Tu crois qu'il mesure combien ? - Moi celui que je préfere, c'est Turki bin
Mohamed. Sérieux, il a vraiment de beaux yeux. - Moi je trouve que Khaled
bin Alwaleeed, avec ses Converse sous sa thawb, il est vraiment trop
cool. Ce serait cool de le rencontrer quand même. - Et puis Abdulaziz Bin
Saud, lui c’est un coquin. C’est sûr, ça se voit. »
Ça pourrait durer des heures. On parlerait des uns et des autres. Je parlerai émue du grand-oncle, Saud Bin Faisal. Sexiest man on earth, dead or alive. Il suffit de regarder les photos pour imaginer le nombre de coeurs que cet homme a fait battre... Et puis une copine me ferait remarquer, l’œil coquin que pour monter au septième ciel, les vivants sont quand même une valeur plus sure. Ça durerait des heures. On rigolerait comme des poules, et ce serait génial.
Sauf que malheureusement, aucune de mes copines ne s’y connaît en famille royale saoudienne. Aucune de mes copines ne connaît le prince Badr. Aucune de mes copines n’a remarqué la concentration de bogossitude qu’est la famille Saoud. Je pourrais bien avoir cette conversation avec des gens que je commence à connaître un peu, des experts, des gens qui gravitent autour du Quai d’Orsay, mais j’ai peur que ce soit beaucoup moins drôle du coup.
Je rêve de cette conversation, mais au lieu de ça, quand je vais rentrer en France et qu’à l’occasion d’un dîner, on va comprendre que je suis branchée Arabie Saoudite, on va me regarder atterré, on va me parler droits de l’homme, on va me ressortir Khashoggi, on va me parler du Yémen, on va m’asséner des vérités teintées de pas mal d’ignorance. On va donner dans l’outrage, on va faire dans l’indignation, on est très fort pour ça en France.
Et puis à la fin, quand
j’essaierai de remettre le débats sur les bons rails avec des infos
factuelles, avec un autre point de vue, on me sortira la carte du
brainwashing. Parce que vous comprenez, une Française qui défend
l’Arabie Saoudite, elle est forcément
neuneu, qu’est ce que ça peut être d’autre ?Ça pourrait durer des heures. On parlerait des uns et des autres. Je parlerai émue du grand-oncle, Saud Bin Faisal. Sexiest man on earth, dead or alive. Il suffit de regarder les photos pour imaginer le nombre de coeurs que cet homme a fait battre... Et puis une copine me ferait remarquer, l’œil coquin que pour monter au septième ciel, les vivants sont quand même une valeur plus sure. Ça durerait des heures. On rigolerait comme des poules, et ce serait génial.
Sauf que malheureusement, aucune de mes copines ne s’y connaît en famille royale saoudienne. Aucune de mes copines ne connaît le prince Badr. Aucune de mes copines n’a remarqué la concentration de bogossitude qu’est la famille Saoud. Je pourrais bien avoir cette conversation avec des gens que je commence à connaître un peu, des experts, des gens qui gravitent autour du Quai d’Orsay, mais j’ai peur que ce soit beaucoup moins drôle du coup.
Je rêve de cette conversation, mais au lieu de ça, quand je vais rentrer en France et qu’à l’occasion d’un dîner, on va comprendre que je suis branchée Arabie Saoudite, on va me regarder atterré, on va me parler droits de l’homme, on va me ressortir Khashoggi, on va me parler du Yémen, on va m’asséner des vérités teintées de pas mal d’ignorance. On va donner dans l’outrage, on va faire dans l’indignation, on est très fort pour ça en France.
L’année dernière, un déjeuner chez une amie a failli mal tourner comme ça. J’ai bien vu que cette femme avait eu envie de m’en coller une. Il y a deux ans, quelqu’un que je connais depuis 15 ans m’a accusée d’être payée pour faire de l’influence digitale. « Mais vas-y, avoue ! » m’avait-t-il dit. Quand j'avais nié etre payée, il m'avait virée de ses amis sur Facebook. Il y a trois ans, un ami pourtant cultive m’avait dit que puisque je persistais à ne pas considérer les Saoudiens comme l'incarnation du mal, ce n’était plus la peine qu’on se parle.
Vraiment, je voudrais que les Saoudiens remettent un peu d’ordre dans leur image, déjà ne serait-ce qu’en raison des conséquences fâcheuses que ça a sur ma vie à moi.
Dieu sait que ce n'est pas mon genre mais parfois, je suis tentée de virer dans le cynisme pendant ces diners. Je passe ma vie à essayer de comprendre l’Arabie Saoudite d’aujourdhui, mais t’as raison, explique moi ce que tu as lu dans « 20 minutes » vas-y, ça m’intéresse. Ou sinon, vas-y, parle-moi des travers de l’Arabie Saoudite des années 80, pas de souci. Je me ressers un verre de rosé pendant que tu parles, ça dérange pas ?
Je pourrais en rigoler, mais je sais que ce n'est pas une solution.
En professionnelle du marketing et de la
communication, si mon avis les intéressait, je dirais aux Saoudiens que pour
changer leur image, cette piste des princes et du glamour, ça se
regarde.
On ne va pas se mentir, il y aurait un peu de boulot pour en faire des icones. S’assurer qu’ils soient habillés exactement comme il faut, s’assurer qu’ils aillent en vacances là où il faut. S’assurer qu’on
les voit, décontractés et souriants. S’assurer aussi que tout ça suive côté saoudien et qu’on n’aille pas leur reprocher de passer du temps à l’étranger.
S’assurer qu’on comprenne que d’aller faire le jolicoeur à la Mostra de Venise, ce n’est pas juste pour le plaisir d’aller causer avec des actrices (mais bon, si l'un d'eux avait l’heur
de plaire à Jessica Chastain, ça arrangerait quand même bien les affaires du royaume.)
A vue de nez, les
Saoudiens sont assis là sur une mine. Une mine de trentenaires bien
faits de leur personne, intelligents, souriants, bien élevés, une mine
de gendres idéaux. De l’or en barre. Si mon avis intéressait les
Saoudiens, je leur dirais qu’il faut convaincre les gens que le prince
charmant est peut-être saoudien, et ma foi, s'il faut, je veux bien payer de ma personne. Make Saudi Arabia glamorous again. Mais vous me voyez aller expliquer ça aux Saoudiens, vous me voyez leur expliquer ces conversations de poule à la terrasse des cafés.
C’est pas facile tous les jours d’être une fille, vous savez. C’est sûrement pas facile non plus tous les jours d’être un prince saoudien.
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