Tranches de vie au Moyen-Orient, pour aller un peu au-delà des préjugés

On entend encore parfois ça et là, sur les réseaux sociaux, des gens attaquer les pays du Golfe sur les conditions de vie des travailleurs pauvres. Ca a un peu baissé d’intensité, mais c’est toujours là, toujours les mêmes arguments. Il faut dire qu’en France on a l’indignation facile et attaquer les pays du Golfe, c’est bien, ça permet de vendre du papier et ça ne mange pas de pain.

Même si je vis dans un petit deux-pièces, je ne vais pas vous dire que j’échangerai ma vie avec celles d’un ouvrier du bâtiment indien ou avec celle d’un chauffeur de taxi pakistanais. Mais quand même, les choses ne sont pas aussi caricaturales qu’on veut bien s’imaginer. 

Permettez-moi de vous raconter un peu la vraie vie.


Il y a quelques mois, un homme m’a contactée. Cet homme, indien, je l’ai rencontrée peu après mon arrivée dans le Golfe, il y a des années. Nous avions fait partie le temps d’un week end d’un groupe formé autour d’une passion commune. Nous ne nous sommes jamais revus depuis mais une fois, il m’avait recontactée parce que son patron voulait organiser un voyage en France avec des clients. Il m’avait demandé des conseils, des contacts, et puis je suppose que le voyage ne s’était pas fait, il n’avait plus donné signe de vie. Je ne sais pas exactement ce qu’il fait, il travaille dans le bâtiment, je crois, il doit être commercial. Contrairement à d’autres, il n’a pas l’air d’être débordé par son ambition. C’est un trentenaire tranquille qui vit sa vie. Un Indien qui dodeline de la tête quand on lui pose une question. Quelqu’un de bien, je dirais.

Ce matin-là, la conversation avait commencé sur Messenger. Il a commencé par me demander si j’étais chez moi. C’était étrange comme question, nous n’étions pas intimes. Il n’était pas l’un de ceux avec qui j’avais ces conversations désinvoltes sur le mode “Yo, What’s up? What are you up to?” Je lui répondis que oui, j’étais chez moi. Il me demanda ensuite où j’habitais. Encore plus étrange. Je lui donnais une réponse vague, surtout je lui demandai ce qui se passait. Je me doutais bien que s’il me contactait, c’est qu’il y avait quelque chose.

Et en effet. Il m’appela. L’heure devait être grave. Après les formules d’usage auxquels les Indiens en particulier sont très attachés, ces formules d’usage qui consistent à dire une banalité sur le temps ou sur n’importe quoi qui mettra tout le monde d’accord, il me dit pourquoi il m’appelait. Sa femme voulait divorcer. Il savait que j’avais divorcé, il appelait pour avoir des conseils.

C’était fascinant, il avait dit deux, trois phrases tout au plus et pourtant, ce qu’il m’avait dit me donnait beaucoup plus d’informations que précisément ce qu’il m’avait dit. Je découvrais d’abord que cet homme qui était mon ami sur Facebook lisait mes statuts, sinon comment saurait-il que j’avais divorcé, nous n’avions pas d’amis communs. Il n’avait pourtant jamais liké, jamais commenté. Pour moi qui n’hésitais jamais à liker ou à commenter, c’était toujours une agréable surprise de découvrir ce lectorat caché. Au fil du temps, c’est ce lectorat caché qui m’avait encouragée à continuer mes posts sur l’émancipation des femmes, sur l’écologie, sur la cause homosexuelle. Mes amis français devaient se demander pour qui je me prenais. Je me prenais pour quelqu’un qui sait que ses posts sont lus par des gens dont la réflexion personnelle va peut-être avancer, et qui sait, peut-être basculer sur ces sujets grâce à un de ces posts.

Mais surtout, ce qui ressortait de ces trois phrases, c’était l’angoisse. L’homme à qui je parlais avait du mal à respirer. Je lui demandai s’il pouvait m’en dire plus. Il m’expliqua que sa femme qui vivait en Inde depuis toujours voulait divorcer. Elle a rencontré quelqu’un d’autre, elle veut se remarier, me dit-il. L’homme, surtout, s’inquiétait pour sa fille. “Ma femme, une fois remariée, ne voudra plus s’en occuper.”

J’entendais bien que ça n’allait pas, il était visiblement en pleine crise d’angoisse. Je lui posai quelques questions, ça me semblait fou cette idée qu’une femme ne veuille plus s’occuper de sa fille. Je lui demandais si vraiment il était sur de ça, et si vraiment, les choses ne pouvaient pas s’arranger avec sa femme. Le divorce dans la région est une entreprise qui peut s’avérer longue et pénible. est-il bien sûr qu’il n’y a pas moyen de raviver la flamme.

Raviver la flamme, get the spark back, spark things up, j’avais du dire un truc dans ce goût-là. Il eut cette expression d’exaspération. L’exaspération d’un homme en pleine crise d’angoisse face à une occidentale qui visiblement ne comprend rien. Il m’expliqua qu’il n’était pas question de raviver la flamme parce qu’il n’y avait jamais eu de flamme. Son mariage était mort depuis le début, un mariage arrangé, un mariage sans amour. “Broken mariage” me dit-il. A ce moment précis, il avait du se dire que ça avait été une mauvaise idée de m’appeler.

Il avait vraiment l’air désespéré.

“En plus du reste, me dit-il, je viens de perdre mon travail.”

Je compatis aux malheurs de cet homme qui n’était effectivement pas dans une situation facile. Il n’avait clairement pas les moyens de prendre un avocat. Mais entre lui ici et sa femme en Inde, je n’étais pas sure qu’un avocat était vraiment ce dont il avait besoin. Je lui dis surtout qu’il devait essayer de trouver une solution avec sa femme. Un médiateur, voilà ce dont cet homme me semblait avoir besoin. Peut-être un membre de la famille qui pourrait les aider à se mettre d’accord.

Je lui demandais quand même s’il cherchait un travail, il m’avait l’air si déprimé. Il me dit qu’il cherchait mais ajouta que le marché n’était pas facile. Je sentais à nouveau l’angoisse. Il me redemanda si j’étais chez moi, et sans attendre ma réponse, il ajouta ”Oh, je me sens tellement seul...”

Une voix en moi sonna l’alerte générale.

Je vis dans le Golfe depuis des années, des moments comme celui-là, il y en avait eu plusieurs. Et pourtant, même après des années, c’était la même incertitude, la même angoisse d’avoir compris, la même angoisse de ne pas avoir compris, l’angoisse d’avoir mal compris. L’incertitude visqueuse.

Je ne savais pas si cet homme venait, entre les lignes, de demander, sans en avoir l’air, s’il pouvait passer chez moi pour bénéficier d’un peu de chaleur humaine, je ne savais pas non plus sous quelle forme il aurait voulu bénéficier de cette chaleur humaine, un brin de conversation, une oreille attentive, sagement assis sur mon canapé, un bon vieux hug bien asexué... ou davantage ? Même après des années dans le Golfe, il fallait bien accepter qu’on ne savait jamais vraiment.

C’est sans doute en partie ce qui rendait le Golfe aussi passionnant, c’est aussi ce qui rend la vie ici aussi épuisante. Au fond, on n’était jamais sur de tout comprendre. Il y a la barrière de la langue, à laquelle s’ajoutent les différences culturelles. Il y a le fait que même quand on est libre dans sa tête, on n’ose pas toujours dire les choses clairement, parce qu’on ne veut offenser personne. Et tout ça, putain, c’est épuisant, mais c’est aussi passionnant.

Face à cet homme, dans tous les cas, bien loin de moi l’idée de juger... J’étais bien placée pour savoir que face à certaines difficultés, on a besoin de chaleur humaine.

Il y a des gens dans la région qui se persuadent que la sexualité, c’est un truc de gros dégueulasses, un truc de gens à la limite de l’animalité, un truc d’homme qui ne sait pas gérer ses besoins, un truc de femmes lubriques. De mon expérience, dans cette région plus qu’ailleurs, la sexualité, c’est un truc de survie. Quelles que soient, dans le détail, ses attentes, cet homme m’avait appelée parce que j’étais sans doute la seule femme, ou sinon l’une des rares femmes qu’il connaissait à qui il pouvait faire ce genre de propositions, sans se faire traiter de gros dégueulasse.

Pour autant, cet homme n’était pas mon genre, je partageais sa peine, mais il n’était pas mon genre. Et la réalité, c’était que malgré mon altruisme, de façon réaliste, j’avais déja suffisamment de mes propres problèmes. Je n’étais pas encore techniquement divorcée et je suis sure que même si cet homme venait chez moi pour s’asseoir sur mon canapé boire un thé et avoir avec moi une discussion civilisée, l’avocat de mon ex serait ravi de faire valoir au tribunal que je recevais des hommes chez moi en pleine journée. Welcome to the Middle East, cette région du monde où vous êtes soit une maman, soit une putain.

Comme tant d’autres fois, face à ce genre de propositions dont on n’était même pas sûr que c’était des propositions, dont on était pas sûr de savoir en quoi elles consistaient précisément, je fis mon ingénue, la fille qui ne comprenait pas, celle qui passait à côté de l’allusion. Si on n’était pas intéressée par la proposition, à supposer que c’était une proposition, qu’est-ce qu’on pouvait bien faire d’autre ?

Ca me peinait en réalité de laisser les choses ainsi en suspens. J’aurais préféré une proposition explicite à laquelle j’aurais répondu par un refus explicite et surtout, motivé a minima. Ca me peinait de penser que ces hommes s’imaginaient peut-être que je n’avais simplement pas compris. Ca me peinait encore plus que ces hommes puissent penser que j’avais refusé parce que j’étais blanche et que je voulais pas coucher avec des hommes comme eux. Ca n’avait rien a voir, je le savais bien.

Mais j’avais appris au fil des années qu’il n’est pas facile de se défendre avec élégance de quelque chose dont on n’était pas explicitement accusé.

Quelle misère parfois, cet endroit.

J’enchaînai en demandant à cet homme s’il pensait parfois à rentrer en Inde. Il me semblait que dans sa situation, c’était peut-être le mieux. Ma question le requinqua un peu. Il y avait beaucoup d’incertitudes dans sa vie, mais sur ce sujet au moins, les choses était claires dans sa tete. Il était hors de question pour lui de retourner en Inde, no way. Il m’expliqua qu’il aimait sa vie à Dubai, qu’il aimait la liberté qu’il avait ici et que vraiment, absolument hors de question pour lui de retourner en Inde. Je savais bien de quoi il parlait, on ne vit pas aussi longtemps que moi dans le Golfe sans connaître les conservatismes de l’Inde, sans savoir tous les compromis que beaucoup d’Indiens devaient faire pour rentrer dans le moule. Beaucoup de gens ne pouvaient pas imaginer de retourner vivre en Inde parce qu’ils ne pouvaient pas imaginer devoir rentrer à nouveau dans le moule après avoir gouté ici à une certaine liberté.

C’est ce point, précisément, qu’on oublie souvent dans nos grands discours moralisateurs sur le Golfe. Les gens qui vivent ici, même ceux qui y vivent dans des conditions modestes, sont parfois très contents de leur vie, parce que matériellement, ça va et surtout, parce qu’ils ont malgré tout des libertés qu’ils n’auraient pas chez eux.

Et parfois, on ne s’imagine pas en quoi consistent les petites satisfactions que les gens trouvent à vivre dans le Golfe.

Il y a quelques mois, j’avais pris ce taxi. On a parfois des conversations fascinantes avec les chauffeurs de taxi dans le Golfe.

Le chauffeur avait l’air d’être pakistanais (comme beaucoup de chauffeurs de taxi). Pakistanais ou peut-être afghan.

Il engagea la conversation, me demanda si la température me convenait. On était au début de l’été et il faisait déja chaud dehors. Je lui dis que c’était parfait. Mon enthousiasme dut l’encourager à se lancer. Il fit ça à la manière d’un chat, sans précipitation.

L’air de rien, il me demanda d’où j’étais, si je vivais là depuis longtemps, puis il me demanda ce que je faisais. Les questions classiques, des question auxquelles je répondis docilement, tout en lui posant les mêmes. Mon chauffeur du jour était là depuis longtemps. A vrai dire, je n’aurais pas eu besoin de lui poser la question pour le savoir. Je ne me souviens plus d’où il m’a dit qu’il était.

Passées ces formalités, il me demanda si j’étais mariée. Voilà une question qui demandait un peu d’audace. Ca me fit sourire. Je voyais bien que cet homme, de l’audace, il n’en manquait pas et que mon attitude, implicitement, avait autorisé sa question. Il avait bien vu que je n’étais pas le genre à m’offusquer. Je lui répondis que j’étais divorcée.

“Mmm...”

Contrairement à la plupart des gens, il n’avait pas enchaîné sur le couplet habituel. Dans le Golfe, lorsque vous dites que vous êtes divorcée, les gens vous présentent leurs condoléances. J’exagère à peine. Les gens vous disent qu’ils sont désolés et de la façon dont ils parlent, on a vraiment l’impression que quelqu’un est mort. J’ai la faiblesse de croire qu’on ne parle pas de la même façon à un homme qui annoncerait qu’il est divorcé, mais je ne peux pas savoir, mon ex-mari ne dit pas qu’il est divorcé, je pense qu’en réalité, personne ne lui pose vraiment la question.

Mais ce chauffeur de taxi était très loin de m’avoir présenté ses condoléances. Il avait acquiescé, absorbé l’information, il avait eu ce petit mouvement comme pour dire “Intéressant”.

J’aimais bien cet homme, il parlait un anglais basique, mais je voyais bien qu’il avait une liberté de pensée assez rare. Je voyais bien aussi qu’il n’avait pas cette duplicité qu’on observe chez certains, des gens qui ne disent rien, mais dont on voit bien qu’ils n’en pensent pas moins. Il y en avait pas mal des gens comme ça dans le Golfe, des gens qui, sachant que vous êtes divorcée, vont se dire que vous êtes une traînée occidentale, mais qui bien sûr, se garderont bien de vous le dire. Ces gens n’étaient pas la norme, cela dit. La norme, en particulier chez les chauffeurs de taxi, c’était de bonnes âmes qui faisaient leur boulot, sans chercher plus loin et sans juger.

Cet homme n’était pas la norme, cet homme était au-dessus de la norme. Je voyais qu’il y avait chez lui une liberté de penser, une absence de jugement et une franchise qui me le rendaient vraiment sympathique. Il ne se comportait pas comme un inférieur. J’étais sa cliente, il était poli, mais il me parlait en égal, et je ne peux pas vous dire à quel point une telle attitude était rafraîchissante. C’était un bonheur, vraiment, de tomber sur un homme comme lui.

Après un silence, il me demanda si par hasard, je n’avais pas un faible pour les hommes comme lui. Ca me fit rire. Vraiment. J’étais en train de me faire brancher par le chauffeur de taxi. Il m’avait dit ça d’un ton très normal, cet homme ne jouait pas. Franchement, j’étais fan. Je lui demandais s’il n‘avait pas déjà une femme et des enfants. il me répondit sur un ton respectueux que oui, il avait une femme et trois enfants, ils étaient au pays. Mais, me dit-il, il avait un faible pour les femmes comme moi, les Européennes avec la peau bien blanche. Je l’encouragea à m’en dire davantage. Il me dit qu’en fait, son truc, c’était les rousses. Il me parla, dans son Anglais basique, de sa passion pour les belles rousses avec la peau bien blanche. Visiblement, elles bénéficiaient d’un bonus quand elles portaient de belles robes à fleurs qui laissent deviner leurs jambes.

Hahahahahahaha, génial.

Je lui répondais que je n’étais pas rousse pourtant. Il me fis un signe pour dire que je n’étais pas parfaite, mais que ça irait. Hahahahaha, cet homme était exceptionnel. Alors ?, me demanda-t-il dans un sourire.

Je lui répondis en rigolant, je lui confiais que malheureusement pour lui, de la même façon que lui, son truc c’était les rousses à la peau bien blanche, moi mon truc, c’était les Arabes. Je lui disais que pour mon malheur, plus ils étaient têtus, plus ils avaient du mal à exprimer leurs émotions et plus ils me plaisaient. Chacun sa croix, mon pote.

Il y eut un moment de silence. Chacun absorba avec délice cette conversation. J’imagine que l’homme devant moi acceptait sa défaite. Il le faisait avec grâce.

Je finis par lui dire qu’avec une passion comme la sienne, Dubai c’était sans doute mieux que chez lui, plus de rousses à la peau bien blanche. Il fit un signe de la tête caractétistique de l’approbation et, avec gourmandise, me répondit “Yes, Dubai, very good. Nice ladies.”

J’imaginais très bien que la passion de cet homme allait rarement au-delà du plaisir des yeux, mais ça semblait lui suffire. J’imaginais qu’il traînaît son taxi en priorité dans les quartiers où travaillaient les Occidentales, c’est dans un de ces quartiers qu’il m’avait trouvée. Je voyais que malgré ses conditions de travail, cet homme avait l’air heureux de vivre ici sans doute en partie parce qu’à Dubai il avait plus régulièrement la possibilité de voir ces oiseaux rares, ces créatures à la peau blanche et à la chevelure flamboyante. J’imaginais bien que dans les villages reculés de l’Afghanistan ou du Pakistan, des rousses à la peau bien blanche, on n’en voyait pas tous les jours.

A la lueur de ces anecdotes, ça me fatigue parfois de lire des articles moralisateurs sur les conditions de travail dans le Golfe. Ca me fatigue de lire l’absence de nuance, ca me fatigue de voir que les gens ne s’imaginent pas que les choses sont un peu plus complexes qu’il n’y parait, qu’il n’y a pas que l’argent dans la vie.

Des problèmes dans le Golfe, il y en a. Des gens qui travaillent dans des conditions difficiles, des gens qui ne sont pas payés pendant des semaines, parfois des mois, il y en a. Des gens qui se retrouvent en prison pendant des jours, des semaines pour rien, il y en a. La justice en particulier paraît perfectible. Mais de ce que je peux en voir, les pays du Golfe y travaillent. Et ce n’est pas une raison pour dire que les pays du Golfe exploitent la misère des gens. Disons qu’a minima, un tel jugement manque de nuance. On ne parle jamais de la liberté dont les gens, même les plus modestes, bénéficient dans le Golfe par rapport à leur pays d’origine. On ne parle jamais de l’ouverture sur le monde dont les gens bénéficient dans le Golfe. On ne dit jamais que plein de gens préfèrent vivre dans le Golfe que dans leur pays d’origine, parce qu’en dehors d’une sorte d’insécurité juridique, un endroit comme Dubai leur offre une sécurité qu’ils n’ont pas dans leur pays d’origine.

Tout ça, on le lit rarement. Et je trouve que par honnêteté intellectuelle, certaines choses doivent être dites pour rendre à César ce qui appatient à César.

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